Yuri Andrukhovych, Douze Cercles

Yuri Andrukhovych, Douze Cercles, les Editions Noir sur Blancs, 2009, traduit de l’ukrainien par Iryna Dmytrychyn.

Yuri Andrukhovych est un des  écrivains ukrainiens contemporains les plus populaires, mais aussi essayiste, poète, traducteur, récompensé de nombreux prix nationaux et internationaux et dont les livres sont traduits en dizaine de langues. Son œuvre postmoderniste lui réserve une place importante dans la littérature mondiale comparée à celle d’Umberto Eco. Il est né en 1960 à Ivano-Frankivsk à l’Ouest de l’Ukraine. Trois de ses livres sont traduits en français : Mon Europe, 2004 (Ukraine : 2000) ; Moscoviada, 2007 (Ukraine : 1993) ; Douze Cercles, 2009 (Ukraine : 2003).

Douze Cercles a été écrit de 2001 à 2003, mais comme explique Andrukhovych dans sa « Tentative d’autocommentaires », l’idée du roman a commencé à surgir à partir de 1995 suite à sa thèse sur le poète Bohdan-Ihor Antonytch, la mort des gens proches, les voyages dans les Carpates, les Tatras slovaques, les Appalaches, l’assassinat du journaliste Gueorguiy Gongadze, le suicide de l’« airpoet » Christian Loidl… C’est un roman européen, une sorte de carte survolée par Karl-Joseph, et sur laquelle l’Ukraine est au centre. C’est aussi un conte sur l’Ouest ukrainien.

Andrukhovych est un auteur complexe, ce livre l’est aussi : on pense à Kundera, à Marquez (« Dans tous ses pressentiments de romans profilait Marquez, tout à fait dans le ton de son réalisme magique, de longues et hypnotiques périodes presque sans dialogue, la densité des limites et l’abondance des détails, l’elliptisme des allusions »), au « Maître et Marguerite » de Dostoïevski lors du vol de Karl-Joseph au-dessus des villes et des montagnes. Le style propre à Andrukhovych, c’est les (auto-)citations, les énumérations et les détails sur une page entière, les histoires multiples collées dans le roman (un mythe inventé sur Antonytch, les récits qui ont eu lieu à l’auberge en différentes époques), l’absurde et le folklorique, les rêves frôlant la réalité.

Les époques avec leurs personnages qui reflètent leurs temps et mœurs défilent à l’«Auberge sur la Lune», quelque part dans les Carpates. Tels les cadres d’un film, les montagnes imposantes et mystérieuses demeurent les mêmes au fil des siècles sous les pouvoirs différents, la petite maison au sommet grandit, est détruite, reconstruite, les saisons changent, les gens y passent, laissent leurs emprunts, disparaissent, reviennent, oublient leurs souvenirs…

L’Autrichien Karl-Joseph Zumbrunnen (son nom se traduit comme « cercle de sources »), le héros principal, ce photographe naïf, tombe amoureux de l’Ukraine et d’une Lvivienne, Roma Voronytch. Il se retrouve avec elle et avec d’autres personnages plutôt loufoques (Arthur Pepa, le mari de Roma, Kolia, la fille de Roma, le professeur Docteur, deux « meufs » prêtes à coucher avec le plus riche, le vidéaste,…) dans l’« Auberge sur la Lune » et pénètre dans ce lieu mythique avec les traces de ses habitants d’autrefois. Personne ne reviendra le même de cet endroit. Par exemple, Kolomeya, Kolia de son diminutif, a découvert douze cercles et le dernier, « le cercle de l’éternité, le début et la fin dans le même, l’Alpha et l’Oméga, nous tous et chacun de nous… » devrait la faire grandir.

Ce dernier cercle révèle aussi la mort, inévitable, brusque, celle qui fait peur à l’auteur. Un voyage. « Les morts, pour la plupart, voyagent vers l’ouest ». Est-ce que l’ouest est toujours la fin [de la vie] ?

Douze Cercles ressemble à l’Ukraine avec sa richesse folklorique, son passé historique difficile, son peuple patriotique avec ses doutes, son indépendance récente, ce pays qui est en train de chercher une place stable sur la carte (économique et géographique) quitte à faire quelques erreurs.

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