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La rencontre avec Yaroslav Melnyk au club littéraire

02 Avr 2013
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Vivre entre les deux mondes

Le 26 mars dernier, nous avons assisté à la réunion du Club littéraire ukrainien présidé par Oksana Mizerak. Et c’est la rencontre inoubliable avec l’écrivain ukrainien Yaroslav Melnyk (Jaroslav Melnik ou Jaroslavas Melnikas en lituanien) qui nous a plongé dans un semblant de catharsis littéraire. « L’essentiel, c’est le contact des âmes et pas la quantité ». « Les écrivains sérieux n’ont pas de public de masse », dit Melnyk, et nous ne pouvons que vous inciter à devenir des lecteurs « sérieux »  et à savourer ses magnifiques oeuvres. Il y a quelque chose de profond dans ses textes, si simples du premier égard (phrases laconiques et aiguisées), quelque chose qui vous touche, vous, directement et personne d’autre, comme si l’écrivain connaissait votre monde intérieur, vos pensées, vos peurs, vos espoirs.

Critique à ses débuts, écrivain, philosophe, Melnyk est nommé souvent néo-symboliste littéraire. Né en Ukraine, il vit actuellement en Lituanie et on peut bien le considérer comme un écrivain européen. Il n’accepte pas le mot « émigré », il ne se sent comme tel et continue à écrire en ukrainien, même s’il parle parfaitement lituanien et français: « Je suis Ukrainien ». Melnyk avoue que ses études en philologie lui ont donné une base solide pour mieux comprendre la littérature mondiale. Il a commencé sa carrière comme un ardent critique littéraire, écrivait ce qu’il pensait, pouvait donner des jugements sur les écrivains « intouchables » comme Pavlo Titchina. A l’époque, cette critique a empêché son adhésion à l’Union des écrivains ukrainiens et il y était admis finalement en 1989.

Melnyk n’a pas choisi d’aborder les sujets historiques, car il dit qu’il ne pourra les décrire mieux que le fait Maria Matios, sa contemporaine (le roman de Matios Daroussia la douce devrait apparaître bientôt dans les éditions Gallimard). Le thème qui le préoccupe est la profondeur de l’âme, savoir ce que la personne éprouve est primordial. Le sujet de la liberté est omniprésent dans ses livres. Sa théorie prône la vie en dehors du contexte, et si la personne est à l’intérieur de ce contexte, elle doit se sentir libre.

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Melnyk est arrivé à Paris de Londres, et avec une joie presqu’enfantine, il nous a confié son désir de prendre l’Eurostar pour se mettre dans la même situation qu’un de ses héros qui fait un voyage pneumatique. Et c’est cet homme simple à la première vue, tout comme son oeuvre, qui nous a lu ses miniatures du recueil Une maison très étrange, drôles et philosophiques à la fois. Souvent, ses héros réalisent l’existence d’une autre réalité, parallèle à la nôtre, beaucoup plus réelle et attirante. Cette réalité spirituelle nous aide à vaincre nos doutes et nous avance, nous encourage aux changements positifs, nous fait trouver un but. Il faudra juste contempler les situations banales de notre quotidien en se regardant du haut, en survolant nos problèmes insignifiants pour que la réalité devienne irréelle…

Yaroslav Melnyk a présenté son dernier livre Appelle-moi, parle-moi,  recueil de nouvelles et d’un roman, entré dans la cinquième de nominés « BBC Livre de l’année 2012 » en Ukraine. Melnyk cite Jung et ses archétypes de l’inconscient collectif en parlant des émotions que nous héritons pendant la naissance, car pour lui, la littérature sérieuse doit être basée sur des archétypes. Et on trouve les archétypes de voyage ou de fils perdu dans ses oeuvres (En route, par exemple). Le concept de la foi, présent chez Melnyk, apparaît dans la nouvelle Jésus Christ. Melnyk est persuadé que la foi passe par des doutes, et si les questions ne se posent pas, si les hésitations n’ont pas de place, la foi n’existe pas.

Sur mon interprétation et mon enthousiasme envers son oeuvre, Melnyk a avoué que même s’il pense écrire plus une littérature « masculine », c’est toujours les femmes qui discernent et lisent plus ses livres. Paradoxe? Non, je pense que l’universalisme littéraire existe, et il est sans aucune frontière de genre, de style, de réalité, de nation, de pays, …

Infos pratiques:
Les parias d’Eden, éditions Robert Laffont, 1997
Chambre avec un piano à queue, le texte en ukrainien
En route, le texte en ukrainien

Distinctions:

  • Prix Kuntchinas, 2008,
  • Le Premier Prix pour la meilleure nouvelle lituanienne en 2009,
  • La nomination pour « Le Prix du livre européen », 2010,
  • La nomination « BBC Livre de l’année 2012 » en Ukraine.

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Photos: Maryana L